Bucolique d'Automne ou L'Heureux Verger, 1906
Huile sur toile, signée et datée en bas à gauche.
82 x 117 cm
Historique :
Collection Baron Eberhard von Bodenhausen, acquis à l’artiste en 1906 Bernheim-Jeune, acquis du précédent propriétaire en 1908
Miss Edwards, acquis à la galerie Bernheim-Jeune en 1919
Galerie Philippe Reichenbach, Paris
Collection Walter P. Chrysler Jr., New-York (lui appartient en 1960) Collection Stuart Pivar, New York, jusqu’en 2021
Collection particulière, Suisse
Expositions :
Salon de la Société nationale des Beaux-Arts, Grand Palais, Paris,15 avril-30 juin 1906, n° 389, reproduit au catalogue en noir et blanc en p. 19.
Fünfzehnten Ausstellung der Berliner Secession, Berlin, printemps 1908, n° 46.
Internationale Kunstschau, Gebäude der Secession, Vienne, mai-octobre 1909, n° 15, salle 18, reproduit au catalogue.
Nus, Galerie Bernheim-Jeune, Paris, 17-28 mai 1910, n° 30.
Ausstellung Französischer Kunst des 18., 19. und 20. Jahrhunderts, Leipziger Kunstverein, Leipzig, octobre-novembre 1910, n° 55.
Internationale Kunstausstellung der Münchener Secession, Kgl. Kunstausstellungsgebäude am Königsplatz, Munich, 16 mai-31 octobre 1911, n° 36.
Exposition d'Art contemporain, Paris, galerie Manzi-Joyant, 12-31 octobre 1912, n° 44.
Ausstellung französischer Kunst, Zürcher Kunsthaus, Zurich, 16 février-26 mars 1913, n° 93.
A XIX. Szàzad nagy francia mesterei, Ernst-Muzeum, Budapest, septembre 1913, n° 78.
Le Paysage du Midi, Galerie Bernheim-Jeune, Paris, 8-16 juin 1914, n° 26.
Exposition de peinture, série C, Galerie Bernheim-Jeune, Paris, 19-30 juin 1916, n° 13.
French Paintings 1789-1929 from the collection of Walter P. Chrysler Jr., Dayton, Dayton Art Institute, 25 mars-22 mai 1960, n° 94, reproduit en p. 102.
Attestation d’inclusion au catalogue raisonné de l’artiste établie par Claire Denis et Fabienne Stahl.
Lorsque Maurice Denis peint ce tableau, en 1906, le peintre a déjà acquis une certaine réputation d’artiste d’avant-garde. Il s’est en effet illustré parmi les Nabis et a défendu dans la presse des thèses résolument modernes :
« Se rappeler qu’un tableau — avant d’être un cheval de bataille, une femme nue ou quelque anecdote — est essentiellement une surface plane recouverte de couleurs en un certain ordre assemblées. »
Dès l’été 1890, dans la revue Art et Critique, il donne sa célèbre définition du « néo-tradi- tionnisme ». Moderne certes, mais Denis n’envisage pas à n’importe quel prix la modernité qu’il défend.
Ce tableau, L’Heureux Verger, illustre pleinement la portée des théories de l’artiste. Dans ce verger fécond, l’enfance s’épanouit auprès de la Femme. La nudité ne se veut pas érotique mais virginale ou nourricière, d’une douceur immobile. Au centre de la composition, un frui- tier généreux offre sans compter son ombre et ses pommes. La mère se fait le prolongement naturel des arbres portant leurs fruits. Aucun personnage masculin ne vient troubler cette harmonie arcadienne. Ève a racheté sa faute — peut-être ne l’a-t-elle jamais commise ? Maurice Denis n’a pas encore embrassé pleinement la rhétorique religieuse à laquelle il se consacrera par la suite ; cependant, celle-ci affleure déjà manifestement dans une œuvre d’une telle portée.
La peinture n’ambitionne pas de copier la Nature : elle en porte l’idée, ou pourrait-on dire ici, l’Idéal. Au bout de ce jardin où le temps semble avoir suspendu son cours, une échappée de mer nous rappelle que ce tableau a été conçu par l’artiste à l’occasion d’un séjour au Pouldu, sur la côte bretonne. Si Matisse, Signac ou Cross avaient trouvé dans le Midi le théâtre de leurs symphonies édéniennes, lorsque Maurice Denis s’éloigne de l’agitation de la capitale pour puiser l’inspiration, il demeure fidèle au littoral breton, plus volontiers fréquenté par les Nabis, qui en avaient fait le laboratoire de leurs expérimentations picturales.
Ainsi, à l’orée du XXe siècle, le Midi n’est pas le seul support de l’inspiration arcadienne des peintres. La Bretagne est elle aussi riche d’une nature préservée, susceptible de cristalliser les idéaux de toute une génération d’artistes, qui s’est lancée — joignant parfois l’engage- ment politique à celui des pinceaux — à la poursuite d’un âge d’or perdu. Loin de les voir exaucés dans cette pacifique quête, la Grande Guerre viendra bientôt les emporter, clôturant brutalement plus d’un chapitre artistique de ce foisonnant début de siècle.
